Publié le lundi 2 février 2009

Comme si c'était hier

J'avais un cours ce soir-là. Aux nouvelles, juste avant mon départ pour ce cours donné en soirée, on avait entendu, à CFCF-12, l'annonceur dire qu'on tirait du fusil sur Édouard-Montpetit... ma soeur ne voulait pas me laisser aller à mon cours... je ne pouvais manquer mon cours. Et comme je prenais le métro, il y avait aucun risque, selon moi.

Je n'étais pas très loin après le massacre. J'étais à quelque mètres, dans la tour Z de l'université. Tout près. Plus tard, quand nous avons su que le cours était annulé sans savoir pourquoi, nous avons tous reprise le chemin du retour, sans comprendre et un peu fru, je dois le dire.

Le lendemain, dans un pavillon de l'université, ailleurs dans le quartier, nous pleurions ensemble. C'était dur et triste à la fois. La conjointe d'un étudiant faisait partie des victimes. Elle était venue rejoindre son homme... Elle est morte comme les autres filles. C'était une infirmière aux études.

Nous l'avons pleurée, comme les autres sur cette table dressée en son honneur et par ce cahier dans lequel on pouvait y mettre quelques mots.

Chaque fois que j'allumais la télé, mon coeur se gonflait de tristesse. Chaque milieu de stage que j'ai côtoyé, dont urgence-santé, m'a donné des morceaux de cette violence et de cette terreur qui a été vécue de l'intérieur ce soir-là par les témoignages de l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'ours. J'ai eu le coeur gros bien longtemps.

Le même hiver, j'ai perdu, un ami tombé dans la faille d'une montagne en Amérique du Sud.

Cet hiver-là, j'ai beaucoup pleuré. Beaucoup beaucoup. J'ai souvent eu le coeur gros. Nous avons vécu des deuils ensemble. Nous avions 20-22 ans.

Ai-je le goût de sortir voir un film qui me rappellera ces moments? Non. Je n'ai pas le goût de gratter ma vieille cicatrice. Ce serait peut-être thérapeutique mais je ne pense pas que j'en aie besoin en ce moment dans ma vie. Je laisserai ce "bonheur" aux autres... Juste de voir la bande-annonce, juste de voir les reportages à ce sujet, les entrevues et tout le reste des promo qui viennent avec, juste tout ça, me gonfle encore le coeur, comme si c'était hier.

Pis j'aime pas les vieux chagrins qui font encore mal.

Écrit par maf le Lundi 2 février 2009
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1 Commentaire :

Commentaire écrit le jeudi 12 février 2009 à 08:13:56 (lien)
Petite Fadette
Salut maf! Tu n'écris pas souvent, mais tes billets sont toujours percutants et viennent me chercher parfois à l'endroit où je m'attendais le moins.

Je veux voir ce film. Non pas pour le plaisir sadique de "voir" comment ce terrible drame s'est produit, mais plutôt pour la beauté de l'image, pour la qualité du jeu de Maxim Gaudette et pour Denis Villeneuve.

Je comprends très bien que tu refuses de regarder ce film. En fait, je me demande si ce film a une raison d'être... les avis sont partagés... Une chose est certaine: jamais je ne pourrai oublier, moi aussi, ce drame inutile en cet hiver de 1989.


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